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Par le petit bout de ma lorgnette, Ep 19 : La passion des mots, la passion de la vie.

Par le petit bout de ma lorgnette - Chronique de Jean-Yves Duval
Par le petit bout de ma lorgnette - Chronique de Jean-Yves Duval

La passion des mots, la passion de la vie.

J’ai toujours admiré Jean d’Ormesson, sa finesse d’esprit, son élégance
autant physique que vestimentaire, l’écrivain prolixe, l’observateur
aiguisé de notre vie politique, le polémiste de talent, le philosophe
reconnu et l’académicien honoré. Il nous a malheureusement quitté trop
tôt et privé de son immense talent. C’est pourquoi je voudrais en cette fin
de mois d’août, à la veille de la rentrée, lui rendre hommage à travers
cette passion des mots et cette passion de la vie qu’il avait, avec ces
quelques phrases savoureuses, dont certaines sont extraites des Fables
de La Fontaine, phrases qui nous rappellent combien nos expressions
sont redevables du monde animal.
« Myope comme une taupe, rusé comme un renard, serrés comme des
sardines, fier comme un coq, fort comme un bœuf, têtu comme un âne,
malin comme un singe, être chaud lapin, faire des yeux de biche, être
fier comme un paon, frais comme un gardon, il n’y a pas un chat, faire le
pied de grue, quelle bécasse, il y a anguille sous roche, le prendre pour
bouc émissaire, une vraie tête de linotte, être copain comme cochon,
une vraie panthère, traité comme un chien, gueuler comme un putois,
quelle fine mouche, il ne casse trois pattes à un canard, elle est plate
comme une limande, il souffle comme un phoque, quel rire de baleine,
une vraie peau de vache, il est fait comme un rat ».
Vous en voulez d’autres, vous n’en avez pas assez, alors retrouvons
Jean d’Ormesson :
« Rouler des yeux de merlan frit, rouge comme une écrevisse, muet
comme une carpe, sauter du coq à l’âne, noyer le poisson, verser des
larmes de crocodile, prendre le taureau par les cornes, une fièvre de
cheval, filer comme un lièvre, une poule mouillée, le dindon de la farce,
doux comme un agneau, des airs d’ours mal léché, être pris pour un
pigeon, le loup dans la bergerie, se regarder en chien de faïence, avoir
une faim de loup, dormir comme un loir, avoir d’autres chats à fouetter »
… etc.
Comme quoi notre vocabulaire quotidien emprunte beaucoup aux
bestiaires, ces manuscrits du Moyen-Âge qui regroupaient les fables sur
les animaux, réels et imaginaires. Comme quoi aussi nos amis les bêtes
nourrissent nos propos à longueur de journée, car faites un calcul,
combien de ces expressions familières ci-dessus utilisez-vous au cours
de vos conversations quotidiennes ?
Merci à Jean d’Ormesson de nous le rappeler. Jean d’O comme on le
surnommait, qui aimait à dire : « La science, la morale, l’histoire se
passent très bien de Dieu. Ce sont les hommes qui ne s’en passent
pas », ou encore, plus sentencieux : « Depuis le big bang, tout
commence à mourir à l’instant même de naître. L’univers n’est qu’un
élan vers l’usure et la mort ». A la fin de sa vie il reconnaissait
cependant : « Je dirai malgré tout que cette vie fut belle ». Cette phrase
vaut toutes les épitaphes. Merci maître d’Ormesson et, de là où vous
êtes continuez à nous inspirer de votre superbe intelligence, de votre
immense culture et de votre très grand humanisme. Vous nous
manquez.

 

 

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