Tchao Pantin, bonjour Pantine !

Par le petit bout de ma lorgnette -  La chronique de Jean-Yves Duval Dessin Philippe Morelle
Par le petit bout de ma lorgnette -  La chronique de Jean-Yves Duval - Dessin : Philippe Morelle

Tchao Pantin, bonjour Pantine !

Quant en France, seulement six pour cent des noms de rues sont
féminins, on peut trouver cela injuste et souhaiter que cela change, moi
le premier. De là, à vouloir féminiser les noms de ville, comme l’a fait
récemment le maire de Pantin, qui pour 365 jours devient Pantine, c’est
grotesque et cela dessert, plus que ne cela ne sert, la cause féminine.
Peu après cette annonce pour le moins burlesque les réseaux sociaux
s’en sont donnés à cœur joie et se sont empressés de rebaptiser Mâcon
en Saône-et-Loire « Mâcone ». Mais si on peut aisément féminiser
« Cannet », dans les Alpes-Maritimes, en « Cannette », comment fait-on
pour « Montcuq » situé dans le Lot, et « Anus » dans l’Yonne ? J’ai posé
la question à un urologue qui m’a avoué son impuissance, ce qui est un
comble pour un spécialiste des questions de fertilité masculine.
Cela dit, la féminisation des noms de ville pourrait faire quelques
heureux, je pense en particulier aux habitants de « Fion » en Haute-
Savoie, qui n’auraient plus à raser les murs de leur ville. En revanche
passer du masculin au féminin ne changerait rien pour « La Trique »
dans les Deux-Sèvres, les deux-sévriens(es) qui ont d’ailleurs appelé
une autre de leurs communes : « Sainte-Verge ». Renseignements pris,
celle-ci s’appelait « Sainte-Viergue » avant la Révolution et on ignore par
quel mystère elle a perdu son « I » et son « U », décapités eux-aussi
sans doute.

Quand même, Montcuq, Fion, Anus, etc. à l’évidence il y a certains
conseillers municipaux qui dans l’Hexagone en sont restés à pipi-caca,
et on peut s’interroger sur leur âge mental.
Déjà, en 1793, les Sans-culottes avaient débaptisé dix pour cent des
trente-huit mille communes françaises, non pas, il est vrai, pour les
féminiser, mais les déchristianiser. L’initiative du maire de Pantin n’est
donc pas originale, ni très révolutionnaire.

A quel moment Stéphane Le Foll, maire du Mans, va-t-il proposer à ses
administrés le nom de « Mancelle » pour la capitale des rillettes ? Il ne
peut ignorer que ce nom est depuis 1960 celui d’une marque de
caravanes du groupe Trigano, ainsi que d’un type de maison de
l’agglomération apparu au cours des années 1840, alors que préfet de la
ville s’appelait Eugène Mancel. On imagine déjà l’affiche, en juin
prochain, du centenaire de la course d’endurance mondialement connue
: « Les 24 Heures de la Mancelle ». Une belle occasion pour l’élu local
d’adresser un clin d’œil à Amédée Bollée le célèbre constructeur
automobile manceau, qui en 1878, donna le nom de « Mancelle » à la
dernière-née de ses voitures à vapeur.

Quant au maire de Pantin, devenu « Pantine », avant de redevenir
« Pantin » dans un an, n’avait-il vraiment rien de mieux à faire que de
provoquer le buzz sur Twitter ?

 

 

 

 

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